Marc, Alexandre

19 January 1904 (Odessa [Russia]) - 22 February 2000 (Vence [France])
Name according to other Rules
Marc Lipiansky, Alexandre, Lipiansky, Alexandre Marc
Historical Notes

Alexandre Marc Lipiansky, dit Alexandre Marc, naît en 1904 à Odessa en Russie dans une famille d'origine israélite. Après l'arrivée des Bolchéviques au pouvoir, ses parents s'installent à Paris (1919) et il étudie au lycée Saint-Louis où son amour pour la France, pays de la Révolution et des Lumières, se trouve confronté à son sort de jeune réfugié apatride. Dès l'âge de dix ans, il a découvert l'Homme et le 'dépassement' nietzschéens et au milieu des années Vingt, son goût pour la philosophie le conduit en Allemagne : il y approfondit ses connaissances notamment sur la pensée personnaliste. De retour en France, il ressent la nécessité de passer de la spéculation à l'action et s'inscrit à l'école libre des Sciences politiques, vivier intellectuel du 'beau monde'. En 1927 sa carrière débute à la librairie Hachette. Mais le jeune homme, qui a grandi dans une famille d'incroyants, éprouve un attrait grandissant pour la religion et d'autre part, pour les débats non-conformistes sur les problèmes de son temps : les séquelles de la Première guerre mondiale, le Krach de 1929, l'expansion du machinisme... suscitent une tempête d'idées dans la nouvelle génération. Alexandre Marc, tout en s'intéressant aux contacts entre les jeunesses française et allemande, fréquente divers cercles et collabore avec "Plans" - une revue gauchisante -. Il contribue également à la fondation du club du Moulin vert (en compagnie du protestant Denis de Rougemont) qui développe une méditation d'inspiration oecuménique au regard de la crise de civilisation européenne. En 1930, Alexandre Marc met sur pied une agence de presse internationale, Pax-Press, dans l'espoir de contribuer au rapprochement des peuples. Mais cette dernière fait rapidement faillite. Entretemps, il fonde l'Ordre Nouveau (1931) pour orienter la réflexion vers les problèmes temporels.
Peu après, sa rencontre avec Arnaud Dandieu donne son essor au mouvement qui perfectionne sa doctrine. Le bibliothécaire de la Nationale s'apprête à publier "Décadence de la nation française" avec Robert Aron et leur "Révolution nécessaire" est sous presse. A la tendance laïque, radicale et proudhonienne de ces deux auteurs se juxtaposent progressivement, au sein de l'Ordre Nouveau, diverses influences : celle des catholiques Daniel-Rops et Paul Flamand - par l'intermédiaire d'Alexandre Marc, converti au catholicisme après sa lecture de saint Augustin en 1932 -, celle du maurassien Jean Jardin, celle de l'ouvrier anarchiste Pierre Prévost, celle du mathématicien Claude Chevalley... Arnaud Dandieu parle d'individu, Alexandre Marc impose la notion de personne, fondement de toute valeur. Le but commun de tous ces penseurs, au-delà des clivages politiques traditionnels, est la révolution - la vraie -, la révolution de l'Ordre. Il s'agit d'abolir le "désordre établi" et d'accorder dans le respect de la diversité, contre les dictatures de droite et de gauche, contre l'Etat-monstre froid, contre le matérialisme capitaliste et marxiste, sa juste place à l'Homme libre. Ces impératifs spirituels sont assortis de desseins pratiques tels que l'organisation en communautés - non hiérarchisées et fédérées - au niveau privé et public, la réorganisation socio-économique en vue de l'abolition de la condition prolétarienne... Alexandre Marc publie son premier livre "Jeune Europe" en 1933 et écrit dans la revue "Ordre Nouveau". Il multiplie les contacts et les collaborations journalistiques : il collabore à la fondation de la revue "Esprit" avec Emmanuel Mounier qui s'intéresse particulièrement au concept de personne développé par le mouvement (1932). Il entre en relation avec les "Gegner" d'Outre-Rhin. Il participe au lancement de "Sept" (1934) dans les milieux dominicains qu'il fréquente assidûment et où s'épanouit le catholicisme social. En août 1933, Arnaud Dandieu meurt prématurément, provoquant une crise larvée dans le groupe - qui tend vers l'extrême-gauche, qui tend vers l'extrême-droite -. L'évolution de la situation internationale et l'usage impropre des termes 'ordre nouveau' par d'autres courants compliquent la situation. Impressionné par la conversion in extremis de son maître - qui l'attribue à son influence -, Alexandre Marc se fait baptiser.
Sa véhémente "Lettre à Hitler", parue en novembre 1933, provoque cependant les malentendus et sa rupture avec "Esprit" : accablé par les difficultés et les problèmes économiques, il part pour le Midi (1934). Avec le soutien de sa jeune épouse, Suzanne Jean, il tente de diffuser les idées de l'Ordre Nouveau en province à partir des Cévennes (1934-1937) et de Pau où il fonde une cellule du mouvement (1935). Il souhaite donner une impulsion nouvelle à ce dernier en luttant contre son caractère parisien et 'gens de lettres', en appréhendant la réalité concrète et les forces saines de la France vive. Outre enrichir la doctrine et publier abondamment, il faut passer à l'action. Alexandre Marc s'active alors pour coordonner les efforts des courants contestataires et affirmer la force des 'Fédérés' (la 'jeune droite', les catholiques sociaux, la Flèche frontiste ...) : les Girondins, en quelque sorte, rassemblent les anti-jacobins. La famille Marc déménage à Aix-en-Provence (fin 1937). A l'automne 1939, une Charte des Fédérés voit le jour et quelques réunions sont organisées. On y rencontre des personnalités comme Emmanuel Mounier, Robert Aron... - tandis qu'avec l'explosion de la guerre, l'Ordre Nouveau se disperse et que ses membres, déjà en proie aux tiraillements, finissent par emprunter les chemins idéologiques et politiques les plus divers - . Alexandre Marc poursuit ses efforts jusqu'à la fin de 1942 en développant des initiatives concrètes telle l'ouverture de petites communautés culturelles et pédagogiques à Aix (Clairière, Centre d'études, de documentation et d'accueil). D'autre part, il entretient des liens avec la Résistance à Aix, Marseille et Lyon où il se rend plusieurs fois. Il conçoit son "Péguy présent" (1941) comme un véritable appel au soulèvement, au nom de la tradition d'une France - tout à la fois révolutionnaire et fille aînée de l'Eglise - qui se doit de préserver les valeurs morales seules capables de sauver l'humanité. Mais les Fédérés eux-mêmes finissent par s'enliser. Les dissensions intellectuelles s'accroissent et le mouvement reste numériquement faible. Le manque de ressources financières est fatal.
En 1943, la famille Marc est traquée par les Allemands et doit fuir en Suisse. Il n'existe malheureusement aucun document d'époque relatif à cette période. Les dossiers reprennent à la fin de la guerre et à la Libération. Alexandre Marc renoue avec ses activités journalistiques. Ses articles conservent un ton prophétique. S'intéressant de manière grandissante aux premiers efforts des partisans de l'unification européenne, il désigne bientôt la Fédération européenne comme le seul salut possible de l'Humanité. Dans la continuité des idées de l'Ordre Nouveau, il met en avant l'Homme dont la liberté organisée par le biais de communautés ascendantes finit par embrasser l'entière vie sociale - y compris politique et économique -, à l'échelle de l'Europe et du monde : l'Homme ne connaît pas de frontières. Membre de La Fédération (où il retrouve Robert Aron), fondée au lendemain de la Libération, il est l'un des principaux organisateurs du congrès de Montreux (août 1947) qui lance l'Union européenne des fédéralistes (UEF) et le Mouvement universel pour une confédération mondiale (MUCM). Dans les deux cas, Alexandre Marc compte parmi les dirigeants. Le MUCM qui milite en faveur d'une confédération supranationale mondiale, se heurte rapidement aux difficultés, financières notamment. Du côté de l'UEF, Alexandre Marc est nommé directeur du Département institutionnel. Au congrès de Montreux, il est le co-auteur du rapport économique qui rappelle les idées de l'Ordre Nouveau, en même temps que Denis de Rougemont présente un texte sur "L'attitude fédéraliste". Il fait ensuite partie du comité international de coordination qui organise le congrès de La Haye (mai 1948) et se retrouve dans les instances dirigeantes du Mouvement européen. Cette année-là, il abandonne toute collaboration journalistique fixe (mais pas la production littéraire) pour se dédier totalement à ses nouvelles activités.
(Notice rédigée par Catherine Previti Allaire, archiviste aux AHUE, mars 2004)

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